Myanmar : Plongée au pays des 1000 pagodes

Sur notre minuscule planète, il est des noms de pays qui résonnent plus que d’autres tant ils sont chargés de mystère voire d’étrangeté pour notre imaginaire d’occidentaux. Aborder le Myanmar autrement qu’au travers d’un circuit prédigéré nous a semblé séduisant. Et pourquoi pas par voie maritime ? Mieux encore, pourquoi pas en se glissant sous la surface de l’archipel des Mergui le temps d’une croisière ? Dont acte.

Myanmar, nous voilà !
Dans la moiteur crépusculaire, le Bunmee 3 quitte le port thaïlandais de Khura Buri. À la proue, l’équipage procède au rituel ancestral en déclenchant un vacarme pyrotechnique qui devrait attirer sur nous les faveurs du ciel. On n’est jamais trop prudent. Le capitaine met cap au nord pour rejoindre le port birman de Kawthaung où nous devrons le lendemain matin sacrifier à un rituel moins glamour, celui des formalités douanières. Ces dernières expédiées après un troc express de billets verts contre un coup de tampon sur les passeports, cap au nord-ouest. C’est près de l’île d’Hlaing Gu qu’à lieu la première plongée destinée à retrouver les bons réflexes quelque peu émoussés par le long hiver. Deuxième saut de puce au nom prometteur :

The 3 Stooges
Qu’on ne s’y trompe pas, les Stooges en question sont de banals îlots qui n’ont rien de commun avec le célèbre groupe rock, considéré comme l’un des précurseurs du Heavy Metal. Il vaut mieux y voir la traduction quelque peu péjorative de serviteurs, de larbins, voire de bouffons. Qu’importe, c’est au pied de leurs falaises calcaires que nous découvrons pour de bon la faune locale. En premier lieu, d’immenses bancs protéiformes de vivaneaux à bande blanche qui évoluent selon une chorégraphie qu’il serait vain de tenter de définir. Pomme, notre guide préférée à l’humeur aussi égale que joyeuse a tôt fait de prendre la direction des opérations. C’est elle évidemment qui débusque notre premier hippocampe d’un élégant jaune moutarde, s’il-vous-plaît, mal dissimulé dans un tapis de corail.

En revanche c’est par pur hasard qu’au détour d’un éboulis, je découvre un repaire de murènes à œil blanc. Quatre d’entre elles ont apparemment décidé de squatter la même cavité, ce qui n’est pas pour me déplaire, ni à mon Nikon d’ailleurs. J’ai connu des entames de croisières moins réussies.

Black Rock
Black Rock n’est pas plus « black » que les autres émergences calcaires de cette partie de la mer d’Andaman, mais qu’importe, on ne lui en voudra pas. Une énorme murène de Java s’extrait presque entièrement pour nous accueillir, mais pas de quoi nous faire oublier la multitude de poissons scorpions qui squattent le récif dans sa quasi totalité. À croire qu’il s’agit là d’une spécialité locale. Un minimum de prudence s’impose et mieux vaut conserver une distance respectable avec ces prédateurs immobiles. D’ailleurs, notre attention est détournée par un groupe d’élégants ptéroïs toutes voiles dehors, en position statique. Une belle opportunité photo immédiatement mise à profit. Étonnant d’ailleurs que ces poissons plutôt enclins à préférer la lumière crépusculaire évoluent en pleine eau au beau milieu de la journée. Mais ne boudons pas notre plaisir. Plaisir quelque peu entamé après que mon genou droit ait eu une brève altercation avec un oursin diadème. Mais bon, c’est l’affaire de 24 heures avant que les perfides épines n’aient disparu d’elles-mêmes. Pour me consoler, l’océan m’offre une belle rencontre avec une élégante méduse à points blancs, refuge d’une colonie d’alevins dissimulée dans le fouillis orangé de ses bras urticants.

Le Bunmee 3 quitte Black Rock au crépuscule. Une fois le soleil disparu, la mer d’un noir profond se couvre progressivement de lucioles vert fluo, chacune dénonçant un bateau de pêche au lamparo. Rien de plus étonnant car il est clair que dans cette partie du monde, l’océan est la principale source de protéines.

The Twins
C’est l’îlot sud des Jumeaux qui aura la faveur de nos plongées de ce jour. Un amoncellement de « boulders », blocs de roche gigantesques, offre toutes sortes d’opportunité de vie et de cachettes à une faune disparate. C’est ainsi qu’en tentant de surprendre une squille grise hors de son terrier, Pomme découvre un poisson fantôme arlequin, dissimulé tête en bas dans les ramifications d’une gorgone orangée. D’une cavité voisine, mal dissimulé derrière un écran de poissons de verre, émerge un débonnaire poisson ballon griffonné à l’abdomen rebondi, puis en pleine eau c’est au tour d’un poisson ballon étoilé, proche cousin du précédent de poser à son tour pour une photo souvenir. Et comme si la moisson ne suffisait pas, une tribu de platax à longues nageoires, totalement décomplexés, se bouscule devant mon objectif. La remontée s’effectue au milieu d’un amas compact de nouilles chinoises, entendez par là des salpes, colonies d’invertébrés transparents qui voyagent au gré des courants, constituant une partie du zooplancton… pour le plus grand bonheur du requin baleine.

Candy Canyon
Quelques minutes suffisent à Pomme pour faire irruption dans un meeting de poissons papillons à collier blanc, au milieu d’un gigantesque éboulis de roches phagocytées par des gorgones géantes. Contrairement à d’autres espèces de chaetodons, ces derniers ne semblent aucunement gênés par notre intrusion … C’est à qui jouera au mieux des nageoires pour être sur la photo souvenir. Une bonne affaire pour le photographe.
Un bonheur ne venant jamais seul, je tombe en arrêt devant un spectacle pour le moins inattendu… En pleine eau, trois seiches s’adonnent à ce qui ressemble furieusement à un ballet amoureux. Un ballet dont la danseuse étoile est de toute évidence la femelle. Elle use de ses charmes en alternant séduction, simulacre de soumission avant d’enchaîner sur une fuite subite qui a pour conséquence de faire monter la pression entre les deux mâles concurrents. Pris au jeu, ces derniers rivalisent d’élégance en usant de leur faculté de camouflage, activent leurs chromatophores pour changer brusquement de couleurs, se bousculent, tentent d’enlacer la coquette… Un jeu dont je ne verrai malheureusement pas l’issue car mon ordinateur siffle la fin de la partie. Mais quel spectacle !

Western Rocky
Tout au long d’un long ricochet inter-îles, le Bunmee poursuit sa descente vers le sud : Stewart Rocks, Fan Forest, et enfin Western Rocky. Si la coiffe de l’îlot ne suscite qu’un intérêt relatif, il n’en est pas de même pour ses parois immergées. Recouvertes d’alcyonnaires rose bonbon, elles recèlent mille trésors cachés à qui se donne la peine de prendre son temps. Une élégante murène frangée s’autorise une séance d’intimidation en montrant ses crocs, mais ne réussit qu’à attirer un peu plus notre attention.
À la limite du sable, une colonie de gorgones-lyres écarlates marque la frontière entre deux biotopes. À la faune des abris coralliens succède celle des plaines qui s’étendent à perte de vue. C’est pour nous l’occasion de croiser la route de la première raie aperçue au cours de la croisière : une pastenague à points bleus (Neotrygon kuhlii) suivie de près dans tous ses déplacements par un labre du Bengale (Bodianus neilli). Une association alimentaire fréquente entre certaines raies et un poisson opportuniste. Ainsi, dans les Caraïbes, on observe la même complicité entre la pastenague américaine et une espèce de carangue hyperactive prête à se saisir des proies enfouies débusquées par la raie. Reste à déterminer quel est, pour la cette dernière, l’intérêt d’un tel partenariat.
Alors que nous reprenons le chemin de la surface, à la limite inférieure du tombant, une squille multicolore nous accorde la faveur d’une apparition à la fenêtre de son repaire. Je ne manque surtout pas l’occasion de faire un cliché de la belle, tout en prenant garde de tenir mes doigts auxquels je tiens beaucoup hors de portée de ses redoutables pattes articulées.

Le temps s’écoule trop vite et c’est déjà l’heure du retour vers les eaux thaïlandaises. Mais avant cela, nous repasserons par la case Kawthaung et ses incontournables coups de tampons sur nos passeports chéris. Mais bon, c’est ainsi et nous profiterons de cette occasion pour gravir les escaliers de la colline qui conduisent à la pagode de Pyi Daw Aye, puis nous fondre dans les profondeurs grouillantes de vie du marché avant de déguster une bière fraîche sur une terrasse près du port. Tristes ? Sûrement pas car au delà de la frontière, d’autres aventures, d’autres plongées nous attendent dont nous savons la richesse… Mais c’est déjà une autre histoire.

Avec qui ?

Andaman Scuba
Khaolak – 82220 Phang Nga
www.andamanscuba.com – info@andamanscuba.com

Retrouvez cet article dans Subaqua N° 286 (Septembre/Octobre 2019)

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