Corse : Les pépites de Girolata

Au sud de la réserve de Scandola, en lisière du golfe de Girolata, nous avons jeté notre dévolu sur un spot qui valait bien plus les quelques immersions que nous lui avons consacrées : le sec du cap Senino. La clarté, la température de l’eau, la richesse de la faune… Un échantillon de ce qui se fait de mieux dans Mare Nostrum !

La meute de sars argentés qui nous accueille sur le haut de la roche est un signe de bon augure. À quelques mètres de la surface, le show a déjà commencé me semble-t-il. Pourtant, les impertinents poissons ne sont pas en quête d’une quelconque friandise extraite des poches de nos gilets. Ce sont des dizaines de méduses pélagiques (Pelagia noctulica) qui font les frais du festin. Malgré les efforts désespérés des gracieuses ballerines transparentes, toute tentative de fuite de leur part s’avère inutile et les assaillants les taillent en pièces. Mine de rien, nous assistons à l’extermination systématique d’une population de méduses poussées à la côte par le courant du large.

Il est temps de rejoindre le tombant, au nord du récif. A mesure que la profondeur augmente, la forêt de gorgones s’épaissit. Un régal pour les yeux. Sous le faisceau complice de la torche, explose le camaïeux flamboyant des gorgones pourpres, mêlées au jaune tapageur des multiples concrétions qui semblent vouloir phagociter le granit du mur vertical. C’est ça ma Méditerranée, des murs immergés soumis aux délires d’un peintre fou… La lumière crue des LED s’insinue dans une large faille horizontale révélant un plafond tapissé d’axinelles jaune bouton d’or. Surpris, un couple de mostelles (Phycis phycis) cherche désespérément à rejoindre une obscurité qui n’existe plus. Quelque photos plus tard, je les laisse en paix, point trop n’en faut. Dieu merci, mon parcours le long du tombant sera émaillé d’autres découvertes, entre autres, de discrètes cavités remplies de barbiers rouge vif (Anthias anthias) à l’élégante queue en forme de lyre, pas vraiment ravis d’être dérangés dans leur sieste.

À la profondeur 42, en l’absence de soleil, la sensation de froid se fait sentir. Je décide qu’il est temps de passer du côté sud… Juste le temps de faire une photo souvenir d’un magnifique spirographe à jupette de tulle blanc… et d’un mérou timide qui ne posera que quelques secondes, le temps pour moi d’immortaliser la rencontre.

Je remonte le long d’un canyon tapissé d’algues vaporeuses et vient buter contre une superbe murène (Muraena helena) qui louvoyait en sens inverse. Pas même effarouché, le magnifique poisson à la robe marbrée tente de forcer le passage, mais c’est oublier mon obstination légendaire. Cédera, cédera pas ? Finalement, je m’efface… non sans percevoir un droit de péage en capturant quelques images de la belle, opportunément sortie de son antre. Plus haut, le paysage change radicalement. Plus aucune gorgone, plus de camaïeux ni de palette multicolore, les éboulis rocheux se sont habillés d’ocre. Je viens de pénétrer dans le territoire des mérous noirs (Epinephelus marginatus). S’ensuivent des travaux d’approche prudents car s’ils restent des animaux sauvages méfiants à notre égard, ils n’en restent pas moins curieux. La raison d’un tel rassemblement ? Il suffit de quelques minutes pour comprendre qu’il s’agit là d’une station de nettoyage telle qu’il en existe dans toutes les mers du monde. Grâce aux efforts redoublés de dizaines de petits labres nettoyeurs, les gros paresseux prennent des poses extatiques comme autant de fans de thalassothérapie, les bourrelets en moins.

Mon complice Didier m’ayant rejoint, nous passons le dernier quart d’heure à filmer et photographier les gros serranidés au déparasitage. Bientôt, la silhouette de notre bateau est en vue, bien découpée sur la surface éclaboussée par le soleil de canicule qui règne sur l’île de beauté. Nous nous apprêtons à une sage remontée lorsqu’un nuage de papillons jaunes envahit notre espace.

Un banc de plusieurs dizaines de saupes (Sarpa salpa) semble s’être donné pour mission de tondre le tapis d’algues qui couvre le récif. Impertinentes saupes qui vivent leur vie comme si nous n’existions pas. Magnifiques poissons aussi, qui constituent le bouquet final d’une superbe plongée. De celles qu’on n’oublie pas.

Retrouvez cet article dans le N° 137 de Plongeurs International (Janv/Fév 2016)

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